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L'ére Heian (平安時代, Heian-jidai) est l'une des 14 subdivisions traditionnelles de l'histoire du Japon. Cette période commence en 794 et s'achève en 1185 avec le début de l'époque de Kamakura.

L'époque de Heian (mot qui signifie « paix » en japonais) est considérée comme l'apogée de la cour impériale japonaise et est célébrée pour ses arts, notamment la poésie et la littérature.

La période de Heian apporte au Japon plus de 350 années de paix et de prospérité. À partir du IXe siècle, la cour parvient à étendre sa domination sur toutes les îles principales du Japon, à l’exception d’Hokkaido et du nord d’Honshu, où des campagnes militaires sont régulièrement menées pour refouler les Aïnu.

HistoireModifier

L'époque de Heian fait suite à la période Nara et commence en 794 après le déplacement de la capitale du Japon à Heiankyô (littéralement « capitale de la paix », aujourd'hui Kyôto) par l'empereur Kammu, 50e empereur du Japon, qui cherchait à fuir l'influence des puissants monastères de Nara. Cette période est considérée comme un sommet de la culture japonaise, toujours admirée par les générations ultérieures. Cette époque voit également la montée en puissance de la classe des bushis, qui finit par prendre le pouvoir, mettant fin à la période Heian et commençant ainsi la période féodale (Chûsei) de l'histoire du Japon.

À partir de la seconde moitié du IXe siècle, le pouvoir temporel échappe progressivement à la famille impériale pour se concentrer entre les mains des Fujiwara, lesquels mettent en place une politique habile leur permettant de systématiquement s’arroger la charge de sessho (régent) ou de kanpaku (chancelier) d’un jeune empereur né d’une des demoiselles du clan. Ainsi, lorsque l’empereur Montoku meurt en 858, laissant le trône au jeune empereur Seiwa (alors âgé de huit ans), son grand-père Fujiwara no Yoshifusa prend le titre de régent, initiant une tradition guère contestée jusqu’à la fin du Xe siècle. Les Fujiwara accaparent dès lors la plupart des charges officielles, à la Cour comme dans l’administration ; ils s’imposent au sein de la famille impériale en mariant, génération après génération, leurs filles aux empereurs : ceux-ci sont encouragés à abdiquer en faveur de leurs successeurs, encore enfants et aussitôt placés sous la régence d’un Fujiwara. Le plus important des membres de la famille reste Fujiwara no Michinaga (966-1028), dont les cinq filles épousent des empereurs, ce qui lui permet de contrôler absolument la Cour entre 995 et 1028.

L’époque des Fujiwara est marquée par le développement d’une culture nationale dégagée de ses influences chinoise et coréenne. Le temps de Fujiwara no Michinaga est également celui de l’apogée culturelle de la Cour de Heian, notamment sur le plan littéraire avec des femmes écrivains telles que Murasaki Shikibu, auteur du Dit du Genji (Genji monogatari, début XIe siècle) ou encore Sei Shonagon. Sur le plan politique et économique, l’autorité centrale s’affaiblit progressivement : les deux grandes sectes bouddhistes nées à cette époque, tendai et shingon, acquièrent des domaines immenses, tandis que les aristocrates provinciaux se taillent de grands fiefs, souvent exemptés de taxes, qu’ils administrent personnellement. Un seigneur du clan des Taira ose même se proclamer empereur en 940. Cet événement est révélateur de la tendance qui se dessine : les clans seigneuriaux, de plus en plus autonomes, commencent à organiser leurs provinces en véritables États et à se lancer dans des guerres de conquête.

L’hégémonie des Fujiwara prend fin en 1028, après la mort de Michinaga. Puis, au milieu du XIe siècle, la famille perd son monopole sur la régence : à la mort de l’empereur Go-Reizei en 1068, aucun Fujiwara n’est en âge de s’arroger ce rôle, et le trône impérial revient à l’empereur Go-Sanjo.

Ce dernier n’hésite pas à marquer d’emblée son indépendance. Son fils, l’empereur Shirakawa (qui règne à partir de 1072) inaugure un nouveau mode de gouvernement, celui des « empereurs retirés » (insei) : il abdique en 1086 en faveur de son fils l’empereur Horikawa, dont il assure lui-même la régence.

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Cependant, dans les provinces, commence à se développer un monde guerrier dont les ambitions sont assez éloignées des préoccupations des aristocrates de la Cour. Les samouraï, au service de propriétaires terriens restés à la capitale dont ils administrent les terres, s’organisent en clans de plus en plus puissants. Les clans les plus importants sont alors les Taira, protégés par les empereurs retirés, qui acquièrent une renommée militaire et établissent leur pouvoir dans le sud-ouest du pays autour de la mer Intérieure, et les Minamoto, proches des Fujiwara, font de même dans les vastes plaines du Kanto.

En 1156, tandis que deux frères Fujiwara, Tadamichi et Yorinaga, se déchirent pour le pouvoir, un conflit de succession éclate après la mort de l’empereur retiré Toba, entre l’ancien l’empereur Sutoku (1119-1164) et le fils de Toba tenno, le futur empereur Go-Shirakawa (1127-1192).

Sutoku, Yorinaga et Minamoto no Tameyoshi s’allient alors contre Goshirakawa, Tadamichi et les guerriers Taira no Kiyomori et Minamoto no Yoshitomo, propre fils de Tameyoshi. Les batailles qui s’ensuivent, ou « troubles de l’ère Hogen », se soldent par l’exil de Sutoku et l’avènement de Yoshirakawa. Ce dernier, devenu empereur, néglige cependant de récompenser Yoshitomo à sa juste valeur, lequel fomente un coup d’État en 1159 (« troubles de l’ère Heiji »), rapidement écrasé par Kiyomori : Yoshitomo est éliminé, ainsi que la plupart des membres de sa famille, à l’exception de ses deux plus jeunes fils, Minamoto no Yoritomo et Minamoto no Yoshitsune.

Développement du BouddhismeModifier

Le bouddhisme commence à se répandre au Japon au cours de l'ère Heian, principalement au travers de deux grandes sectes ésotériques, Tendai (« Terrasse céleste ») et Shingon (« parole vraie »). Tendai est originaire de Chine et est basé sur le Sûtra du Lotus, l'un des plus importants textes du Bouddhisme mahāyāna. Shingon est une secte japonaise ayant de proches affiliation avec les bouddhismes tantriques indien et tibétain, fondée par Kûkai.

Kûkai impressionna beaucoup les empereurs qui succédèrent à l'empereur Kammu (782-806), ainsi que des générations de Japonais, non seulement à cause de sa sainteté mais aussi de sa poésie, calligraphie, peinture et sculpture.

Kammu quant à lui était un patron reconnu de la secte Tendai, qui a gagné une grande puissance au cours des siècles suivants. De proches relations se sont développées entre le complexe monastique du mont Hiei et la cour installée dans sa nouvelle capitale au pied de la montagne. En résultat, Tendai a développé une grande révérence pour l'empereur et la nation. Son influence se mesure aussi dans la naissance et la montée en puissance des moines-guerriers sôhei.

La période Heian voit aussi fleurir l'école Jôdo shinshû, ou Vraie Terre Pure, fondée par Shinran.